La Vie économique

Plateforme de politique économique

La formation professionnelle vit de l’engagement volontaire des entreprises

Que ce soit à l’occasion de réunions ministérielles, dans le cadre de missions économiques ou lors de la réception de délégations internationales, on me demande tout le temps la recette qui a permis à la Suisse de devenir championne de l’innovation. Au grand étonnement de mes interlocuteurs, je ne leur cite pas des entreprises de haute technologie ni des jeunes pousses promises à un bel avenir – que nous encourageons dans le cadre d’une politique d’innovation particulièrement bien conçue –, mais la formation professionnelle (duale!) et la disposition des entreprises à former des apprentis. Étroitement liée au marché du travail, la formation professionnelle opère là où il existe une demande de main-d’œuvre. Les jeunes peuvent faire leur choix parmi un grand nombre de métiers intéressants et de possibilités de carrière attrayantes, tout en étant immergés tôt dans un environnement professionnel. Par ailleurs, la grande perméabilité dont peut se targuer l’ensemble du système de formation suisse profite à l’économie et à la société: elles disposent ainsi de spécialistes et de cadres dirigeants qualifiés, jouissent d’un faible taux de chômage (des jeunes) et connaissent la stabilité sociale. Ce n’est donc pas la Berne fédérale qui innove. Les initiatives déterminantes émanent de la base. Les entreprises et les associations expriment leurs besoins en termes de réformes ou de développement de nouveaux métiers. Ce sont elles qui découvrent des opportunités, promeuvent les innovations et trouvent de nouveaux débouchés. La formation professionnelle vit de l’engagement volontaire de ces entreprises, ce qui ne va pas forcément de soi. C›est pour cela que nous veillons à tout mettre en œuvre pour que les artisans, les PME du secteur tertiaire et les grandes sociétés à vocation internationale continuent de trouver de bonnes conditions-cadres, pour que les exigences relatives aux contrats d’apprentissage restent raisonnables et pour que l’économie garde une influence déterminante sur les matières enseignées. Ne sacrifions pas des principes éprouvés sur l’autel des réflexions à court terme. Il est facile et tentant d’introduire une disposition dans l’ordonnance sur la formation ou de fixer des conditions dans les programmes éducatifs. Il ne faut pas surcharger le bateau. Autant le fardeau administratif pesant sur les entreprises formatrices doit demeurer faible, autant leur responsabilité et leur autonomie doivent rester élevées. Avec la formation professionnelle et la formation générale, la Suisse offre deux voies, tout aussi importantes et attrayantes l’une que l’autre. À elles deux, elles constituent un système innovant en phase avec l’évolution de la société et le développement de l’économie, un système qui nous donne toutes les raisons d’être fiers.

Conseiller fédéral et chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), Berne

Conseiller fédéral et chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), Berne