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Cours et programmes d’occupation: quelle utilité pour les chercheurs d’emploi?

En 2012, l’assurance-chômage a financé des mesures du marché du travail à hauteur de 539 millions de francs. Leur but est de favoriser l’insertion des chercheurs d’emploi dont le placement sur le marché primaire s’avère difficile. Certaines d’entre elles visent à les former, d’autres à les occuper. Une étude récente analyse l’impact de ces mesures et signale les plus utiles.

De toutes les mesures étudiées, les programmes d’occupation – comme celui-ci qui concerne les jeunes chômeurs, à Burgdorf – sont ceux qui ont le plus grand impact. (Photo: Keystone)

Si l’on veut s’assurer que les mesures du marché du travail (MMT) sont efficaces, il faut en premier lieu analyser et contrôler systématiquement le besoin et l’impact de chacune d’elles, puis tenir compte des conclusions de cette étude pour préparer et réaliser les MMT.C’est pour déjouer ce piège que le troisième cycle d’évaluation de la politique active menée en faveur du marché de l’emploi, réalisé par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco), a eu recours à une nouvelle méthodologie. Au lieu de comparer deux personnes (une ayant participé à la mesure et une autre non), l’évaluation a mis en regard la situation de la même personne avant et après la MMT. Pour cela, il faut pouvoir mesurer des indicateurs d’impact à plusieurs reprises.

Trois indicateurs liés au comportement et au succès lors de la recherche d’emploi

Les auteurs de l’étude ont retenu trois indicateurs permettant d’observer un chercheur dans son comportement et lors de son succès (voir graphique 1):

  • la probabilité que la postulation aboutisse à un entretien d’embauche témoigne de la qualité des candidatures;
  • le nombre de postulations envoyées chaque mois indique la quantité;
  • le nombre d’entretiens d’embauche par mois combine les deux aspects, résumant ainsi l’impact de la MMT sur le succès de la recherche d’emploi.

L’étude innove dans la mesure où elle crée une nouvelle source de données: les chercheurs ont ainsi rassemblé une base de données exceptionnellement vaste sur le comportement des personnes à la recherche d’un emploi dans les cinq cantons concernés1, englobant 725 000 postulations. Celles-ci n’existaient auparavant que sur papier et provenaient principalement des formulaires que les chômeurs remplissent chaque mois (généralement à la main) en y consignant, leurs recherches d’emploi. Ces informations n’avaient encore jamais été exploitées à des fins scientifiques.

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Près de 10% d’entretiens d’embauche en plus

Les résultats de l’étude montrent que la participation à une MMT réduit légèrement le nombre de postulations, un effet toutefois compensé par une forte amélioration des chances de réussite. Il est possible que ce phénomène s’explique par le fait que les personnes ayant participé à une MMT ciblent mieux leurs postulations. En moyenne, le nombre d’entretiens d’embauche augmente de 9,7% par mois.L’impact de loin le plus remarquable s’observe pendant la MMT, c’est-à-dire lorsque l’encadrement est le plus intense. Cet avantage se poursuit une fois la mesure achevée, bien qu’il s’affaiblisse un peu. Dans la moyenne des MMT adoptées, les chercheurs n’ont par contre observé aucun élément susceptible de confirmer l’existence de deux effets souvent mentionnés dans les publications scientifiques: l’effet de dissuasion (les demandeurs d’emploi se désinscrivent, car ils ne veulent pas participer à la mesure) et l’effet d’immobilisation (les recherches d’emploi diminuent pendant le cours ou le programme).

Les programmes d’occupation tsont les plus efficaces

Les cantons utilisent une très vaste gamme de MMT: dans les cinq cantons étudiés, les chômeurs ont participé à plus de 1200 différentes mesures durant la période d’évaluation (d’avril 2012 à mars 2013). Pour les besoins de l’évaluation, les chercheurs les ont classé en sept catégories en fonction de leurs caractéristiques principales (voir graphique 2).La catégorie des stages de formation et des stages professionnels est la seule à afficher un résultat négatif, très marqué qui plus est (–12%). Ce phénomène pourrait s’expliquer par la volonté des stagiaires de terminer leur période de formation ou par leur espoir de voir le stage aboutir à un engagement ferme.

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À quoi reconnaît-on une mesure efficaces?

L’étape suivante a consisté à observer les caractéristiques des MMT afin de déterminer leur fréquence parmi celles qui sont les plus efficaces. Les chercheurs ont ainsi conclu que les groupes de petite taille, le «coaching», l’auto-apprentissage ou les devoirs ainsi que la modularité (soit la possibilité de suivre des blocs de cours selon ses besoins) sont les caractéristiques que l’on retrouve le plus souvent dans les MMT efficaces. Celles où la formation à la présentation de candidatures occupe une place relativement importante ont aussi un impact marqué. Il semble par ailleurs que le temps investi doit dépasser un certain seuil – tant pour l’horaire hebdomadaire que pour la durée totale de la MMT – pour que celle-ci puisse déployer ses effets.Il est surprenant de constater que les MMT qui offrent un cadre plutôt «protégé» sont plus efficaces que celles directement exposées aux effets du marché de l’emploi. En outre, les mesures qui proposent des contacts directs avec les employeurs ont un impact moindre que celles qui ne le font pas. L’une des explications possibles de cet écart est à chercher dans le fait que ces différences ne proviennent pas des MMT proprement dites, mais des personnes qui y participent. En effet, l’impact des mesures est plus fort chez les personnes dont les possibilités de placement sont moindres que chez celles qui ont de bonnes chances de réinsertion.

L’impact est le plus élevé pour les étrangers, les femmes et les spécialistes

Finalement, l’étude fait état d’écarts d’une ampleur étonnante entre les groupes de participants aux MMT. Ainsi, l’impact des mesures est deux fois plus marqué chez les requérants de nationalité étrangère et chez les femmes que chez les Suisses et les hommes.Lorsque l’on ventile l’impact des MMT en fonction du poste occupé avant le chômage, on constate là aussi de grands écarts: l’impact le plus élevé est enregistré avec lamain-d’œuvre qualifiée, suivi du personnel non qualifié, où il reste globalement positif. En revanche, il est négatif chez les cadres. Ce résultat s’explique peut-être par le fait que la gamme actuelle de mesures convient encore trop peu aux besoins de ces professionnels. Il est aussi possible que les conseillers ORP aient particulièrement de la peine à choisir la mesure qui leur convienne le mieux.

Des mesures appropriées utilisées à bon escient

La première conclusion qui vient à l’esprit est de saluer le bilan réjouissant de l’étude. En augmentant de 10% le succès de la recherche d’emploi, les MMT s’autofinancent déjà à raison des deux tiers3. En l’occurrence, on ne tient compte ni de l’impact des MMT sur la période qui va de l’entretien à l’embauche, ni de l’économie réalisée à long terme grâce à la diminution des taux de réinscription et de chômeurs en fin de droits. Tout porte à croire que si ces frais entraient dans le calcul, l’étude pourrait conclure que les MMT sont également rentables financièrement pour l’assurance- chômage.L’étude indique diverses pistes pour renforcer l’impact des MMT: ainsi, certaines catégories de participants n’en tirent guère profit pour l’instant. En outre, les ORP adoptent des mesures même dans des cas où elles ne produisent aucun effet ou, pire, un effet néfaste, du moins en moyenne. Pour parvenir à l’impact maximal, la gamme des MMT doit non seulement être adaptée aux besoins des chercheurs d’emploi, mais aussi être utilisée à bon escient. C’est dire s’il faut une collaboration étroite entre les offices cantonaux – qui conçoivent les mesures –, les conseillers ORP – qui leur attribuent les chômeurs – et les fournisseurs – qui les exécutent.

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Responsable de projet, B,S,S. Volkswirtschaftliche Beratung, Bâle

Chef de projet, B,S,S. Volkswirtschaftliche ­Beratung, Bâle

Professeur d'économie politique à l’université de Lausanne

Professeure de statistique et d’économétrie à l’université de Hohenheim

Professeur de macroéconomie à l'université de Zurich

Responsable de projet, B,S,S. Volkswirtschaftliche Beratung, Bâle

Chef de projet, B,S,S. Volkswirtschaftliche ­Beratung, Bâle

Professeur d'économie politique à l’université de Lausanne

Professeure de statistique et d’économétrie à l’université de Hohenheim

Professeur de macroéconomie à l'université de Zurich